Kamadhenu (installation)



Kamadhenu est la mère nourricière.
Les produits de la vache, en Inde, lait, beurre clarifié (ghee), sont souvent apportés dans les temples comme offrandes.
J’ai souhaité, dans cette œuvre, montrer le côté nourricier de cette déesse, avec ses pis gonflés par le lait. Les quelques coupelles en dessous sont destinées aux offrandes à cette déesse, elles sont réalisées en galalithe ou pierre de lait, issue de la caséine.
Cette installation a été présentée à l'abbaye de Saint Pierre sur Dives (14) dans l'exposition " Le féminin dans les mythes de la création" proposée par l'association Métamorphoses.
Bivouac (installation)
Mon installation pour « Bivouac » est une invitation à méditer sur le sens de la vie et l’importance de l’espoir, du désir, de l’échange.
L’arbre à vœux trouve son origine dans de nombreuses cultures, c’est un rituel pratiqué dans le monde entier, on lui attribue volontiers des pouvoirs magiques.
Il a aussi une signification sacrée, spirituelle et culturelle.
Suspendu à des branches toutes légères de bambou à l’intérieur de la tente, un arbre à vœux, comme tombé du ciel et des nuages sur lequel sont accrochées des bandelettes de papiers colorés . Sur ces papiers sont inscrits des messages de souhaits, de rêves, des textes, des photos, des objets, des paroles recueillies auprès de migrants .
Les visiteurs sont aussi conviés à laisser une trace, des petits papiers sont à leur disposition sur lesquels ils pourront inscrire leurs vœux et les accrocher dans l’arbre , ils seront ainsi acteurs d’un élan collectif.

Une Vitalité Silencieuse









Texte écrit par Philippe BOUTIBONNES pour l'exposition de Marie-Noël Vandaele
intitulée « Une vitalité silencieuse »,
dans le cadre de "Itinéraire en quête d'artistes" sept 2023
intitulée « Une vitalité silencieuse »,
dans le cadre de "Itinéraire en quête d'artistes" sept 2023
Ferme du Buquet (XVème siècle), propriété de Wim Janssen, à Villy-Bocage.
"Quelques choses..".
1. Visiter une exposition pour en appréhender le contenu c’est d’abord la regarder. Ici, l’œil, sollicité par l’abondance et l’extrême diversité de ce qui est intentionnellement montré par l’artiste, est surpris et égaré. L’œil ne sait plus où donner de la tête. Le regard troublé, cherche à se poser : il se perd.…
2. L’approche est intimidante et embarrassée : aux murs, sur le sol, dans des niches creusées dans l’épaisseur des murs, sont présents ou figurés – « présentifiés »-, et quelquefois vite identifiés, des lichens, des champignons, des oursins – ou leurs « piquants » – déposés dans des coupelles (1). Ailleurs, d’étonnantes pontes de gastéropodes marins (natice) semblables à des pelures d’orange entortillées, presque minéralisées, défient les règles de la géométrie. Un cercle de pierres couvertes de lichens entoure sur le sol de ciment brut, une étendue de sable où est déposée en son centre, dans une boîte de Petri tapissée d’agar-agar, la culture orangée d’un blob (2). Suspendue à l’arche qui conduit à un escalier de pierre aux marches érodées, une robe de lichens dédiée à une femme chamane s’agite lentement, dans le courant d’air comme si un corps l’habitait. A l’extérieur des banderoles d’intissé bleui, pendues verticalement aux branches d’un arbre, montrent des fantômes de formes végétales, obtenues par cyanotypie.
3. A la diversité multiforme des « choses organiques » vues, répond la multiplicité des techniques de saisie : photographie, dessin (crayon, pastel, piqûres et relief), gravure, cyanotype et peinture : la toile de grande taille montre étagés, les plans successifs d’un paysage qui semble rassembler les lieux de récolte des structures organisées, vivantes il y a peu, et aujourd’hui, visibles encore mais inanimées.
4. Regarder : acte nécessaire et originaire ; l’œil appréhende ce qui est donné pour voir vraiment, ce monde originel et primitif et pour que soit dévoilée sa beauté modeste et discrète presque invisible. Quelque promeneur, le regard fixé sur l’horizon qui constitue à tout moment la limite inatteignable de notre monde, est ébloui par la lumière naissante ou par l’extinction du jour ; il ne voit pas, comme le visiteur de l’exposition, ce que foulent ses pieds. Cette beauté – cette « autre chose »- révélée par l’artiste appartient-elle nécessairement au champ d’immanence qui détermine le monde et le définit ? Non ! Elle rompt la clôture du monde sur le monde et le troue d’« autre chose » (3) que lui-même. Certains exaspérés ou horrifiés par cette brèche ferment les yeux. L’artiste accède à cette beauté, à ce mystère, qui, depuis Lascaux donne un sens au regard. Il n’y a pas de degrés ni de synonyme à ce que couvre ce mot issu d’une racine indo-européenne qui signifiait utilité et efficacité comme si la fonction première de la beauté nous était prescrite inévitablement tel un gage ou telle la caution obligée de notre « humanité ».
5. Avant de se révéler entièrement – mais le peut-elle ? – l’exposition et l’énigme qu’elle cèle, tient au secret son sens profond : « Que signifie -t-elle ? » Pour en savoir plus sur son dévoilement il faudrait attendre l’issue qui nous menace et qui nous priverait de ce monde en le réduisant à rien : « Pour savoir il faut mourir », disait Antonin Artaud. Restons vivants, encore. Ouvrons « grand » nos yeux…..
Philippe Boutibonnes / septembre 2023
Notes et bibliographie
1. Les calebasses ou coupelles disposées dans les niches, sont garnies d’offrandes non pas destinées à un dieu tutélaire mais simplement offertes à la vue des visiteurs, des curieux. Elles sont obtenues – selon un principe emprunté à la fabrication de la galalithe à l’aide du formol – par une cuisson lente du lait et de la caséine qui en est le composant essentiel.
2. Le blob (Physarum polycephalum) est un organisme vivant, atypique, généralement orangé, ni animal ni végétal, constitué d’une seule cellule, abritant plusieurs noyaux (plasmode ou coenocyte) qui double sa surface en 24h. Il se développe à l’obscurité, à des températures variant de 18° à 24°C, sur des débris végétaux ou, in vitro, sur de l’agar-agar : il est friand de flocons d’avoine. Il serait doté de capacité rudimentaire d’apprentissage.
3. Voir l’appendice « Logique de la transdescendance ». In : Sophie Nordmann,« Phénoménologie de la Transcendance », 2022, Editions d’écarts, p. 93-95. Dans les premières pages du livre l’auteure identifie le monde comme « tout ce qui tombe sous la proposition : il y a quelque chose plutôt que rien ».